En Côte d’Ivoire, les femmes militent au sein des partis politiques, sont visibles dans les meetings, mais elles le sont moins dans les sphères de décisions. Pourquoi?

 

Quand on parle de femmes dans la sphère politique ivoirienne, le nom de Simone Gbagbo est l’un des rares qui est évoqué.

 

L’ancienne première dame est connue pour son combat militant aux côtés de son mari l’ex-président Laurent Gbagbo.

 

Pourtant, les politiciennes ivoiriennes existent bel et bien même si elles ne sont pas très visibles.

 

Sur 44 dépôts de candidature à la présidentielle 2020, il n’y avait que 3 femmes … Et aucune n’a été retenue sur la liste des candidats officiels bien que la loi encourage la parité.

 

Le monde de la politique en Côte d’Ivoire s’est caractérisé depuis plus d’une décennie par une crispation, des affrontements verbaux qui ont entraîné le pays dans des cycles de violences. Cette déliquescence de la situation politique rebute les femmes et expliquerait leur faible implication selon Felix Bony, directeur éditorial de Weblogy :

 

« La vie politique en Côte d’Ivoire telle qu’elle se présente avec toutes ses crispations n’encourage pas les femmes à se présenter à des élections dans ce pays. Ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de femmes de valeur, de femmes leaders en Côte d’Ivoire ».

 

« Les femmes s’abstiennent de rentrer dans les clivages des acteurs politiques. Elles aiment bien ce qui est organisé, ordonné et qui inspire le respect. Mais sans s’engager pour des élections, elles sont dans des formations politiques et font entendre leurs voix ».

 

Adèle Dabian, Secrétaire exécutive chargée des femmes au PDCI-RDA, milite au PDCI depuis sa jeunesse et a gravi tous les échelons jusqu’au Secrétariat Général. Cette instance du parti ne compte que 5 femmes sur une trentaine de membres.

 

« Il faut vraiment lutter pour la mériter la place qu’on nous octroie. C’est très difficile. Mais quelques soient leurs efforts, on percera le mur pour aller prendre cette place que nous méritons », affirme-t-elle.

Les femmes sont très actives dans les sections locales mais peinent à pouvoir s’élever dans la hiérarchie politique. L’Assemblée nationale ivoirienne compte une trentaine de femmes sur 250 élus.

 

Pour Tenin Toure Diaba, sociologue, le poids de la société empêche les femmes de prendre leur place.

 

« Lorsqu’elles décident de faire la politique les premières personnes qui les interpellent viennent de leurs familles. Parce qu’en Afrique la politique c’est celui qui sait mentir, qui sait tuer, qui peut trahir… Donc une femme qui s’investit pleinement en politique va tout de suite être taxée de mauvaise femme », explique-t-elle.

 

« La femme s’auto-censure déjà mais cela est renforcé par sa pauvreté », affirme la sociologue.

 

En effet, l’argent est important en politique or les femmes ont un revenu inférieur à celui des hommes, selon le PNUD.

 

Pour Kady Bakayoko, qui milite au sein du RHDP depuis l’adolescence : « cela nécessite de la capacité intellectuelle, physique et autre. Les femmes savent se battre, elles savent convaincre mais beaucoup n’ont pas les moyens de leur politique ».

 

« Je suis présidente régionale des femmes et on me demande de donner les gadgets, comme le pagne que le parti vend à Abidjan, à toutes les responsables donc c’est un peu compliqué quand on a pas les moyens. J’avoue que j’ai des idées mais les moyens me font défaut ».

 

Parfois ce sont aussi les hommes qui font barrage mais Adèle Dabian refuse de baisser les bras.

 

« Les hommes pensent toujours qu’en mettant massivement les femmes, elles prendraient leurs places alors cela devient une protection pour eux. Mais cela peut faire en sorte que ce parti avance », dit-elle.

 

« Nous avons des jeunes dames très déterminées, elles ont la formation pour [occuper des postes à responsabilité]. Je pense que le relai est assuré au PDCI et nous combattrons ces hommes qui ne veulent pas nous voir. Nous allons nous imposer. »

 

Pour Kady Bakayoko, « seules les femmes elles-même par leurs actions peuvent arriver à briser les barrières et accéder aux grands postes de responsabilité ».

 

Selon la Loi ivoirienne, les partis devraient proposer des listes avec 30% de femmes candidates pour les élections et un bonus financier est accordé à ceux qui atteignent la parité (50% de femmes).

 

Malgré leur sous représentation, les politiciennes ivoiriennes sont bien déterminées à faire entendre leur voix, à l’image de Magnatié Bamba, active sur la scène politique depuis 3 ans. Elle déplore que l’on considère l’engagement politique dangereux pour les femmes mais pas pour les hommes.

 

Selon elle, une femme politique doit également faire deux fois plus d’efforts que les hommes pour être reconnue à sa juste valeur.

 

« Chaque fois que l’on est dans un poste où il y a des hommes, il faut faire beaucoup plus qu’un homme, un travail de qualité impeccable pour avoir au moins la même notoriété qu’un homme ».

 

Un reportage de la BBC 

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