La présidente de l’AFACI, Mme Traoré Mélanie Eugénie, épouse Konan, présentant ici un des accessoires produit par ses soins.

2-6-2019 (femmeinfos.ci) La présidente de l’Association des Femmes Artisanes de Côte d’Ivoire, Traoré Mélanie Eugénie, épouse Konan, rêve grand pour les artisanes ivoiriennes. Pour ce faire, elle les exhorte au courage et au travail. Mieux, elle plaide pour que le ministère aide à structurer le secteur de l‘artisanat qu’elle présente comme un important vivier d’emplois. La première responsable de l’AFACI traduit clairement cette vision à travers une interview accordée à Femme Infos.

Madame Traoré Mélanie Eugénie, épouse Konan vous êtes la présidente de l’Association des Femmes Artisanes de Côte d’Ivoire. Depuis quand existe cette association ?

L’AFACI a été créée depuis 2008. Ce qui a permis de démarquer les femmes artisanes et les regrouper au sein d’une association pour mieux défendre leurs intérêts. Il faut dire que bien avant les femmes accompagnaient leur mari dans l’exercice de leur métier d’artisan et leurs créations étaient quasiment fondues et inexistantes.

Quels étaient vos objectifs en portant cette organisation sur les fonts baptismaux ?

Les objectifs principaux étaient et demeurent encore la promotion de la femme et la lutte contre la pauvreté de la femme, à travers la recherche de marchés pour leurs objets d’art, ainsi que des financements pour le développement de leur secteur d’activité. Nous avions même prévu des voyages d’études, car les déplacements apportent toujours un plus à l’artisan qui sait voyager.

N’aviez-vous pas le sentiment de vouloir marcher sur un chemin fortement marqué par les hommes ?

A l’époque où nous créions l’association, j’avoue que les temps étaient très difficiles dans le pays. Pour un homme, il était donc heureux que sa femme l’assiste dans le maintien de la famille à partir de ses ressources à elles. Et puis, je voudrais insister pour dire qu’autant les hommes excellent dans l’art, les femmes sont toutes aussi inspirées. L’art n’est pas seulement l’apanage des hommes.

Quel type d’art développent les femmes de l’AFACI ?

Il faut dire qu’il y a beaucoup de corps de métier développés par les femmes artisanes de Côte d’Ivoire. Cependant, le métier le plus en vue reste celui d’accessoiriste. Autrement dit, il y a des femmes qui font la poterie, la peinture, le tissage et les objets d’art. Quant à moi, j’ai plutôt mis l’accent sur la décoration que je développe. Ainsi, grâce à mon inspiration, j’essaie de redonner vie à de la matière déclarée finie pour en faire des objets de décoration.

Combien de membres revendique aujourd’hui l’Association des Femmes Artisanes de Côte d’Ivoire ?

L’AFACI ne se limite pas seulement à Abidjan. Elle a aussi des représentations à l’intérieur du pays. Aujourd’hui, l’association regroupe plus de 200 membres actifs.

Pensez-vous à regrouper les coopératives et associations des femmes artisanes au sein d’une seule fédération ?

Les femmes artisanes manifestent de plus en plus leur volonté de mutualiser leurs expériences. Cela ne peut être possible qu’à travers une organisation qui les réunirait toutes. Vous comprenez que la fédération se présente comme une priorité pour les femmes artisanes. Notre souhait est d’arriver à mettre ensemble les associations de couturières, de tisserands, de potières et bien d’autres associations. C’est vrai que nous connaissons des retards de calendrier, mais je pense que nous finirons par mettre toutes les femmes artisanes ensemble et parler d’une seule voix.

Aujourd’hui, avec le problème de chômage qui mine le milieu de la jeunesse, avez-vous pensé à la formation des jeunes filles intéressées aux métiers de l’artisanat ?

Bien sûr que nous y pensons. Mais, pour ce faire, il faut que notre organisation soit plus structurée et bénéficie de plus de financement. En la matière, nous avons déjà bénéficié de formations de maîtres-artisans pour, en retour, partager et mettre nos savoirs à la disposition des autres. De part et d’autre, il y a des formations au niveau individuel avec des artisanes qui permettent à des jeunes filles de se former en décoration notamment. Il faut dire que le secteur de l’artisanat gagne davantage en intérêt, ce qui doit nous amener à former les jeunes filles qui s’intéressent aux corps de métier qui en découlent. Mieux, nous bénéficions régulièrement de formations en entrepreneuriat, afin d’être plus outillées sur la transformation structurelle de notre secteur d’activité, pour en faire un véritable vivier d’emplois.

Quels sont les rapports que vous développez avec l’administration, notamment votre tutelle ?

Nous avons de très bons rapports avec le ministère de l’Artisanat, en termes d’informations, d’encadrement et d’accompagnement lors des salons et foires régionaux.

Bénéficiez-vous de subventions dans le cadre de vos participations à ces rencontres ?

De temps en temps la tutelle nous apporte des subventions. Notre première présidente avait été assistée pour prendre part à des salons. Depuis bien longtemps, il n’est plus question de la moindre subvention. Chaque artisane désireuse de prendre part à un salon ou une foire est obligée de se prendre totalement en charge.

En dehors des salons et foires africains, avez-vous déjà participé à des rencontres en Europe ou en Amérique ?

Evidemment, pour celles qui ont plus de moyens pour se prendre totalement en charge.

Les objets produits permettent-ils à la femme artisane de vivre pleinement de son art au point de financer des voyages en Europe et ailleurs ?

Ce qui est intéressant dans l’artisanat c’est que nous ne produisons pas de façon hasardeuse. Toutes nos productions font l’objet de commande, ce qui nous évite de produire à perte. Je peux vous assurer qu’avec une bonne structuration, l’artisanat nourrit sa femme. Quand bien même toutes les artisanes ne se déplacent pas hors du pays, mais celles qui ont compris la nécessité du voyage n’hésitent pas à sauter dans l’avion pour participer à la foire de Paris par exemple, où elles parviennent à écouler leurs productions. Avec le regain d’intérêt des Européens pour les accessoires africains, je pense que le nombre de femmes en partance pour les expositions européennes va croître.

Quels sont vos rapports avec les potières de Katiola reconnues pour leur renommée ? Appartiennent-elles à l’association ?

Elles ne sont pas membres de l’AFACI. Cependant, nous les rencontrons lors des expositions. Elles sont dans notre viseur, dans le cadre de la création de la fédération des artisanes de Côte d’Ivoire.

Madame la présidente de l’AFACI, quel est votre rêve pour les femmes artisanes de Côte d’Ivoire ?

Nous rêvons d’une vitrine pour la Côte d’Ivoire, à travers le vaste secteur de l’artisanat. Dans cette vitrine, l’on pourrait découvrir le talent et le travail des femmes. Cela a toujours fait l’objet d’appels de pied pressants vers le ministère de l’Artisanat. Allez aujourd’hui au CAVA en zone 4 et vous comprendrez notre empressement pour la mise en place de cette vitrine. Notre volonté est d’amener nos compatriotes à s’intéresser au secteur de l’artisanat, car il est vraiment porteur.

Avez-vous un message particulier à l’endroit des artisanes et de votre tutelle ?

Je voudrais exhorter les femmes artisanes à ne pas céder au découragement. Elles doivent comprendre que le cycle de la vie c’est de naître tout petit et grandir progressivement. Elles doivent pouvoir se battre pour obtenir ce qu’elles désirent et surtout contribuer au développement de notre secteur d’activité. Elles doivent comprendre que leur avenir dépend d’elles-mêmes et que rien ne tombera du ciel. Qu’elles arrêtent de quémander de l’aide. Les femmes artisanes doivent dire que c’est seulement par leur travail que les gens vont les découvrir et s’intéresser à elles. Je les exhorte à l’union, en vue de fédérer nos actions. A l’endroit de nos autorités, je ne sais pas ce qui est prévu pour les artisanes, mais je voudrais que le ministère nous aide à structurer notre milieu et faire de l’artisanat un levier de notre économie nationale. Il y a deux ans que je m’étais rendue au Gabon pour une formation sur le digital au profit des femmes. Il était question d’amener les femmes artisanes à s’imprégner des notions de TIC. Une subvention contribuerait à sortir les femmes artisanes de cet analphabétisme des temps modernes.

Réalisée par Sonia Traoré

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